Signes du printemps

Quand j'étais petite, le premier signe se révélait lorsque, au lieu de jouer dans la ruelle comme nous le faisions tout le reste de l'année, nous traversions la rue Louis-Hébert pour aller jouer en face, du côté des adresses impaires, là où le soleil avait fait fondre toute la neige, fait sortir les crocus et où nos cordes à sauter pouvaient tourner sans tremper dans les rigoles d'eau boueuse qui se frayaient un chemin hors des cours à l'arrière de chez nous. 

 

Ce côté de rue avait l'honneur d'être ensoleillé tout l'après-midi ce qui était bienvenu lors de ces journées qui se réchauffaient juste assez pour enlever les parkas et mettre la veste de laine.  "Mettez vos vestes! Attention en traversant!  Regardez bien!"  Les voitures ne passaient que rarement sur cette rue aimée, mais les mères s'inquiétaient quand même, heureuses de pouvoir fumer une cigarette pendant notre absence.  

 

Sur ce côté de rue exploré seulement une saison, tant que la sécheresse de la ruelle ne satisfaisait pas notre désir de sauter et de courir, nos souliers neufs de Pâques se salissaient en émettant le crissement de leurs semelles raides frottant les traces de sable pas encore balayées.  La corde tournait. "Dis-moi le nom de ton cavalier", chantonnaient les enfants pas si sages que nous étions.  Un autre printemps arrivait.  Les garçons d'en face, dans la ruelle, pouvaient patienter, nous nous transformerions à nouveau en squaws, en indiens et en cowboys, lorsque la saison chaude viendrait. Alors, nous aurions oublié les copines de la rue, leurs noms, leurs sourires, leurs jeux pour revenir, fidèles d'entre les fidèles, à nos jeux libres de grandes vacances d'été, en attendant de grandir, de partir, de devenir quelque chose, quelqu'un. D'ici là, rien n'existait que les jeux, la ruelle et l'enfance.

 

 

 

 

 

 

 

 

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