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Les mots du dimanche

Par Michelle Courchesne

Quattro stagioni: La primavera

  • 6 avr.
  • 3 min de lecture

Rire pleurer

Fuir rester

Délire volupté

La saison retarde


Détritus, immondices et moisissures

Gravas, poussières, déchirures

Saleté vestige de la neige fondue

La beauté se laisse imaginer


Pourtant

Le jaune des saules met le nez dehors

Les tubercules forcent les feuilles flétries

Les fourmis flagorneuses rentrent chez moi


Bientôt

Sur le balcon, le soleil sortira la chaise

La terrasse réchauffera les esseulés

Je reverrai les voisins en hibernation

Comme moi, ils seront un peu verts

Par manque de rayons

Par manque d'ambition


Et j'accueillerai leur humanité passagère comme la preuve bouleversante que la bonté existe


À chaque retour du cycle, je vacille. Ça recommence. Ça s'en vient. Est-ce possible? Malgré la destruction de nos ressources et le réchauffement climatique?

Ça recommence.

Ça revient.

Comment empêcher un bouton de fleur de pommier?

Qui le voudrait?


Cette force.

Ce souffle.

Cet élan.


L'appel se fait entendre alors que je suis témoin de la mémoire de ma mère qui s'effrite, un sérieux rempart contre le cynisme, une obligation de compter les poussières d'étoiles.



Je n'ai jamais pu blairer les intimidateurs et les intimidatrices de quelque genre que ce soit.


Je me revois, à la petite école, dans la cour au moment de la récréation. Deux petites filles sont face à face. Le mépris de ma voisine qui me lance des injures ad nauseam.  Elle insulte mon chien, mon chien Chiffon, disant qu'il est sale et plein de puces. Je rage. Je lui lance des mots à la figure, moi aussi. Elle ne peut pas dire tout ça de mon chien.


Au secondaire, dans un plateau Mont-Royal en phase de gentrification discrète, alors que le mot même n'existait pas et que le magasin Atomix offrait encore ses étalages désuets avant d'être avalé par un restaurant branché, une certaine blonde frisée excellait dans la technique d'attiser le mépris et la peur qui vient avec.


Une bande de filles imitaient les faits et gestes de cette intimidatrice alpha. Elles butinaient autour, passives dans leur jugement de la situation, rassurées de se tenir derrière la plus forte. Je n'avais pas la langue dans ma poche et je me défendais avec ce qui était le plus rapidement disponible: les mots. Je refusais de me faire reléguer au silence de l'agneau.


Plus tard, dans une coopérative d'habitation où je croyais être chez moi, un voisin s'est évertué à m'instiller remarques et courriels empreints de mépris. À ce moment-là, j'ai découvert que certaines institutions s'étaient dotées de politique pour contrer l'intimidation dans leur sein. Tolérance zéro, ai-je entendu. C'était avant le mouvement de ras le bol collectif des femmes, avant Me Too, qui a mis fin à la chape de silence qui fait que les situations d'abus perdurent. De nouveau, j'ai utilisé les mots, pas d'insultes cette fois-ci, seulement des faits et une fin de non recevoir. Il a démissionné.


Synonymes de "intimidateur": tyran, harceleur, dominateur.


Il y en a plusieurs pour le verbe "intimider":

Inquiéter

Troubler

Affoler

Effrayer

Paralyser

Impressionner

Gêner

Faire peur

Embarrasser

Déconcerter

Terroriser

Glacer

Geler

En imposer

Effaroucher

Menacer

Inhiber

Désemparer

Décontenancer

Bluffer

Apeurer

Peser


Qui se range du côté de l'intimidateur? On pourrait croire que tous se rangent du côté de la victime, mais non. "Les recherches observationnelles menées sur des enfants du niveau primaire révèlent que des incidents d’intimidation se produisent toutes les sept minutes sur le terrain de jeu de l’école et que, dans 85 % des cas, des enfants étaient témoins de l’incident." https://cpa.ca/fr/psychology-works-fact-sheet-bullying-among-children-and-youth/#:~:text=Les%20recherches%20observationnelles%20men%C3%A9es%20sur,l'incident%5B4%5D.  Il est plus facile de faire semblant de ne rien voir, de détourner la tête, de sauver sa peau.


Dernièrement, dans la finale d'un procès au civil contre un intimidateur notoire, les Courageuses ont gagné:

Annick Charette

Anne-Marie Charette

Lyne Charlebois

Guylaine Courcelles

Danie Frenette

Sophie Moreau

Martine Roy

Patricia Tulasne


Seulement Mary Sicari s'est vu retirée du procès, fautes de preuves suffisantes.

Personnellement, je la crois. Collectivement, nous la croyons.


"La juge Chantal Tremblay de la Cour supérieure du Québec [...] écrit que ce jugement vient « réaffirmer que l’atteinte à l’intégrité de la personne, lorsque démontrée, commande une réponse de droit proportionnelle à l’ampleur des préjudices subis »." Le Devoir, 31 mars 2026.


Je suis soulagée de constater cet aboutissement du procès. Ça va permettre de mettre de la lumière sur tout ce qui reste dans l'ombre, caché, croupissant et qui demande témoin.

Le silence, ça suffit.

Lumière.

Parole.

Respect.


Monique Leyrac (1928-2019) chante La Romance du Vin, un poème d'Émile Nelligan (1879-1941), mis en musique par André Gagnon (1936-2020), sur le disque Monique Leyrac chante Nelligan, 1976.

"Je suis si gai, si gai, dans mon rire sonore, Oh ! si gai, que j’ai peur d’éclater en sanglots !" Émile Nelligan

© Michelle Courchesne, photo et texte.

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