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Les mots du dimanche

Par Michelle Courchesne

Coeur de lion

4 oct.
3 min de lecture

Pour mon ami Richard M.


Alors que je m'apprête à écrire, je les entends, obstinées, criardes, solidaires, elles repartent vers le sud, elles suivent leur instinct, sorte de boussole interne à laquelle elle font une confiance absolue. Comme elles, je m'enjoins à croire au chemin qui se trace.


Ça me rappelle une scène du film "Raiders of the lost ark". Notre cher Indiana Jones s'avance dans une grotte alors que son père blessé, joué par l'unique Sean Connery, lui crie d'avancer, de croire. Devant lui, une crevasse insondable le sépare du sentier qu'il doit suivre. Il chancelle et entend la voix de son père: "Tu dois y croire, fils. Tu dois y croire." Notre héros hésite, grimace: avancer signifie chuter plusieurs centaines de mètres. Puis, il inspire profondément, met la main sur son coeur, lève la jambe gauche et, prêt pour un saut final, pose le pied sur un pont naturel rendu invisible par une illusion d'optique. Il n'y aura pas eu de saut dans le vide mais la confiance qu'il a mise dans son prochain pas lui a permis d'avancer, de se rendre plus loin vers le but de sa quête.


Mettre la main sur le coeur est un acte magique. Impossible de détruire quoi que ce soit avec la main sur le coeur.


Un héron sur la rivière
Un héron sur la rivière


Même si elles ont les mains dans les poches, même si elles dorment, même si elles jardinent, même si elles font la vaisselle, même si elles plantent un clou, certaines personnes ont constamment la main sur leur coeur. Vous pouvez les repérer grâce à une douceur dans leur regard, un rire qui éclate, une sensation apaisante à leur côté. Elles illuminent notre vie de leur passage. On soupire d'aise. Voilà que le temps est beau.


Mon ami Richard est comme ça.


Je suis allée à la célébration de son passage vers une autre dizaine récemment et, même si j'adore jouer avec les mots, je ne lui avais pas écrit d'hommage. Il faut dire que je traversais une zone de turbulence qui demandait que j'attache ma ceinture et que je redresse mon fauteuil jusqu'à ce que le signal s'éteigne. Ma veine d'inspiration se consacrait à respirer par le nez. Alors, timidement, moi qui est l'as du parler-en-public, j'ai balbutié quelques banalités qui m'ont fait monter les larmes aux yeux. C'est que, mon ami Richard, c'est pas le plus fort, c'est le plus doux. Quand on lui parle, nos paroles restent, en sécurité. Il sait reconnaître la lumière qui vacille en chacun, chacune d'entre nous et, toutes et tous, nous nous sentons choyé.e.s d'être entendu.e.s, vu.e.s, reconnu.e.s.


Richard ne se demande jamais comment les choses devraient se faire, il les fait. Pour lui, les feuillets d'instructions, les guides, les normes de rendement, les clauses résolutoires et tutti quanti, ne sont que du vent. À l'instar d'Indiana Jones, il met la main sur son coeur, inspire et avance. Son chemin se trace.


À son travail, en haut de l'escalier, à tous les matins, il accueillait chaque jeune adulte venu reprendre le cours de sa scolarité, abandonnée pour des raisons que les sociologues pourraient vous expliquer. "Bonjour!" Juste un bonjour, avec un sourire. Je peux vous dire que s'installer en haut d'un escalier ne fait partie d'aucune description de tâche d'aucun Centre de service scolaire de tout acabit quel qu'il soit. Ça sort du cadre. Justement, Richard n'en a aucun autre que celui de la main sur son coeur. Je peux vous dire aussi que bien des raccrocheuses et des raccrocheurs, comme on les appelle, ont continué puis terminé leurs études grâce à lui. Ce n'est pas lui qui va s'en vanter. Ça fait juste briller ses yeux un petit peu plus.


Dans son jardin, on se croirait au pays des fées et des licornes. D'ailleurs, je suis certaine que, pudiques, elles se cachent dès qu'on ouvre la porte-patio. Ce petit coup de vent dans les arbres, ne vous y fiez pas, les fées se sont envolées, incognito. Richard met du coeur et de la créativité dans le soin de cet espace autant que dans chaque chose qu'il entreprend: photo, céramique, mozaïque, etc.


Lors de la célébration, son amoureuse lui a rendu un hommage senti, lui lisant une lettre d'amour où la liberté prenait toute la place. Dans toute la salle, nous flottions sur cet amour, sur l'amour tout court, sur l'amour tout grand.


Voilà, l'automne c'est comme ça.

Le temps de la récolte.

Le temps du partage et de l'abondance.

Un temps magique.

Et là, j'arrête d'écrire parce que les mots ne peuvent pas tout dire.

Diane Dufresne nous invite à briller de tous nos feux.

© Michelle Courchesne, texte et photo.

2 commentaires


labc0202
09 oct.

Chère Michelle, tu as toujours le coeur au bout de ta plume; merçi

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Johanne St-pierre
Johanne St-pierre
04 oct.

Chère Michèle,,,ta plume Belle,ton regard Doux,Aimant,,,Un instant de Grâce où laVie en Harmonie est,,,et parfois risquée,,,Merci J'aime!!! JohanneS.

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